Ferme en pisé en cours de restauration pour devenir une habitation
Faq • 10 min

Transformer une ferme en pisé en habitation : guide complet

De la grange agricole à la maison de famille : étapes, budget, contraintes et réflexions sur la transformation des fermes anciennes en habitations.

Jonathan

Jonathan Fechner

6 février 2026

Vous avez trouvé la ferme de vos rêves : murs en pisé, charpente centenaire, volumes généreux. Mais c’était une exploitation agricole, pas une maison d’habitation. Comment la transformer en un lieu de vie confortable, sans détruire ce qui fait son charme ?

Ce guide vous accompagne dans cette transformation, étape par étape.


Avant de commencer : les questions administratives

Le changement de destination

Une ferme agricole a une “destination” au sens du code de l’urbanisme. Pour en faire une habitation, il faut souvent un changement de destination, qui nécessite :

  • Une déclaration préalable (travaux mineurs)
  • Ou un permis de construire (travaux importants, modification de façade)

Vérifiez le PLU de la commune : certaines zones agricoles (A) ou naturelles (N) interdisent ou limitent fortement le changement de destination.

Les diagnostics obligatoires

Avant travaux, vous devrez réaliser :

  • Diagnostic amiante (si construction avant 1997)
  • Diagnostic plomb (si construction avant 1949)
  • État des risques naturels et technologiques

Pour une vente, s’ajoutent : DPE, électricité, gaz, assainissement…

Les autorisations spécifiques

  • Architecte des Bâtiments de France : si zone protégée (périmètre monument historique, site inscrit)
  • Déclaration de travaux agricoles : si la ferme est encore en activité

Phase 1 : Mise hors d’eau, hors d’air

Avant tout aménagement intérieur, il faut sécuriser le bâtiment.

La toiture

C’est la priorité absolue. Sans toiture étanche, aucun travail intérieur n’est possible.

À évaluer :

  • État de la charpente (voir notre article sur charpente et pisé)
  • État de la couverture (tuiles, lauzes, ardoises)
  • Isolation à prévoir (en général, absente ou insuffisante)

Budget indicatif :

  • Réfection complète toiture + isolation : 150-300 €/m² de toiture
  • Remplacement partiel charpente : très variable selon l’étendue

Les menuiseries extérieures

Les fermes ont souvent peu d’ouvertures (économie de chauffage autrefois). Vous devrez probablement :

  • Créer de nouvelles fenêtres (attention aux règles PLU/ABF)
  • Remplacer les menuiseries existantes
  • Agrandir certaines baies pour plus de lumière

Ferme en pisé avec nouvelles ouvertures
Ferme en pisé avec nouvelles ouvertures

Points d’attention :

  • Respecter les proportions du bâtiment
  • Choisir des menuiseries adaptées au bâti ancien (bois de préférence)
  • Ne pas créer de linteaux trop faibles (risque de fissures)

Phase 2 : Structure et gros œuvre

Reprendre les murs en pisé

Une fois le bâtiment au sec, évaluez l’état des murs :

  • Fissures : superficielles ou structurelles ?
  • Zones dégradées : à reprendre à la terre ou à la chaux
  • Enduits inadaptés : retirer le ciment, laisser sécher, réenduire à la chaux

Mur en pisé en cours de restauration
Mur en pisé en cours de restauration

Créer ou renforcer les planchers

Les fermes ont souvent des planchers en bois sur poutres apparentes. Vous pouvez :

Option 1 : Conserver et renforcer

  • Vérifier l’état des poutres et solives
  • Renforcer si nécessaire (ajout de poutres, renforts métalliques)
  • Traiter le bois (insectes, champignons)

Option 2 : Recréer un plancher

  • Déposer l’ancien plancher
  • Créer un nouveau plancher bois ou mixte bois-béton

Remplacement du plancher dans une ferme en pisé
Remplacement du plancher dans une ferme en pisé

Attention : le poids du nouveau plancher doit être compatible avec les murs en pisé. Évitez les dalles béton lourdes sur des murs anciens.

Cloisonner avec les bons matériaux

Pour créer les pièces, privilégiez des matériaux compatibles avec le pisé :

MatériauAvantagesInconvénients
Briques de terre crueNaturel, régule l’humiditéPlus long à poser
Briques plâtrièresFacile, respirantMoins écologique
Ossature bois + fermacellLéger, permet passage gainesMoins inertie
Placo standardÉconomiquePeu respirant, à éviter près des murs pisé

Phase 3 : Réseaux et technique

Électricité

Une ferme ancienne n’a généralement pas (ou peu) d’électricité. Tout est à créer :

  • Tableau électrique aux normes actuelles
  • Réseau complet (prises, éclairage, chauffage)
  • Terre et protection différentielle

Astuce : profitez des murs épais pour créer des saignées discrètes, mais évitez de trop fragiliser le pisé.

Plomberie et assainissement

Eau potable :

  • Raccordement au réseau si possible
  • Sinon : forage ou captage (avec autorisations)

Eaux usées :

  • Tout-à-l’égout si disponible
  • Sinon : assainissement individuel (fosse + filtre ou micro-station)

Budget indicatif : 15 000 - 30 000 € pour un assainissement individuel complet

Chauffage

Les fermes en pisé ont une excellente inertie thermique. Bien isolées, elles sont économes à chauffer.

Options adaptées :

  • Poêle à bois ou insert (valorise la cheminée existante)
  • Pompe à chaleur air-eau + plancher chauffant
  • Chaudière bois (granulés ou bûches)

À éviter :

  • Convecteurs électriques (inconfort, coût d’usage)
  • Systèmes à air pulsé (assèchent trop l’air)

Phase 4 : Isolation et finitions

Isolation : le grand sujet

Le pisé est naturellement isolant (masse thermique), mais insuffisant pour les standards actuels. Il faut isoler, mais de la bonne manière.

Règle d’or : le pisé doit pouvoir respirer vers l’intérieur OU vers l’extérieur.

Isolation par l’extérieur (ITE) :

  • Préserve l’inertie du pisé à l’intérieur
  • Protège le mur des intempéries
  • Modifie l’aspect extérieur (parfois interdit en zone protégée)

Isolation par l’intérieur (ITI) :

  • Moins coûteuse
  • Préserve l’aspect extérieur
  • MAIS : utiliser des matériaux perspirants (fibre de bois, chanvre)

À proscrire : polystyrène, laine de verre en contact direct avec le pisé

Finitions intérieures

Intérieur de ferme en pisé restaurée
Intérieur de ferme en pisé restaurée

Les murs :

  • Enduit terre ou chaux (le plus adapté)
  • Peinture minérale (silicate, chaux)
  • Éviter les peintures acryliques épaisses

Les sols :

  • Tomettes de récupération (authentique)
  • Béton ciré (contemporain, compatible)
  • Parquet massif (chaleureux)

Les plafonds :

  • Poutres apparentes (à conserver si possible)
  • Plafond à la française (solives + plancher visible)
  • Faux-plafond technique si nécessaire (gaines, éclairage)

Budget global : à quoi s’attendre ?

Fourchette de prix

Pour une transformation complète (ferme inhabitable → maison confortable) :

SurfaceBudget basBudget moyenBudget haut
100 m²100 000 €180 000 €300 000 €
200 m²180 000 €350 000 €600 000 €
300 m²250 000 €500 000 €900 000 €

Ces budgets incluent : toiture, isolation, menuiseries, réseaux complets, aménagement intérieur standard.

Ils n’incluent pas : achat du bien, aménagements extérieurs, mobilier.

Échelonner les travaux

Peu de gens ont 300 000 € disponibles d’un coup. La bonne stratégie :

  1. Année 1 : Mise hors d’eau (toiture), mise hors d’air (menuiseries)
  2. Année 2 : Réseaux, isolation, cloisonnement
  3. Année 3 : Finitions, aménagement

Vous pouvez habiter la ferme dès la fin de l’année 2, et finir les finitions en vivant dedans.


Une réflexion nécessaire : pourquoi ces fermes sont-elles à vendre ?

Il est tentant de ne voir que le côté “rêve” : la belle pierre, la cheminée, le calme de la campagne.

Mais prenons un instant pour réfléchir : pourquoi ces fermes sont-elles abandonnées ?

Inscription de restauration datée de 1910 sur un mur en pisé
Inscription de restauration datée de 1910 sur un mur en pisé

Le monde paysan se meurt

Ces fermes n’ont pas été construites pour être des “maisons de campagne”. Elles étaient le lieu de travail et de vie de familles paysannes, génération après génération.

Si elles sont à vendre aujourd’hui, c’est parce que :

  • L’agriculture familiale a disparu, remplacée par l’agro-industrie
  • Les jeunes ne reprennent plus les exploitations
  • Les villages se vident de leurs habitants permanents

Acheter une ferme pour en faire une résidence secondaire, c’est aussi participer à la transformation des campagnes en zones résidentielles pour urbains.

Habiter vraiment

La meilleure façon d’honorer ces bâtiments, c’est de les habiter vraiment :

  • En faire une résidence principale
  • S’intégrer à la vie du village
  • Soutenir les commerces et services locaux
  • Participer à la vie associative

Une ferme restaurée qui reste vide 50 semaines par an, c’est un patrimoine sauvé… mais un village qui continue à mourir.


En conclusion

Transformer une ferme en pisé en habitation est un projet ambitieux, exigeant, coûteux — mais profondément gratifiant.

C’est aussi un acte de sauvegarde patrimoniale. Chaque ferme restaurée dans les règles de l’art, c’est un témoignage de notre histoire rurale qui continue à vivre.

Si vous vous lancez dans cette aventure :

  • Prenez le temps de bien diagnostiquer
  • Entourez-vous de professionnels qui connaissent le bâti ancien
  • Respectez les matériaux et les savoir-faire traditionnels
  • Et surtout : habitez-la. Faites-en un lieu de vie, pas un musée.

Besoin d’accompagnement ?

La transformation d’une ferme en habitation est un projet complexe qui nécessite une vision globale : urbanisme, structure, thermique, esthétique.

Un architecte peut vous aider à :

  • Évaluer le potentiel du bâtiment avant achat
  • Concevoir un projet cohérent et phasé
  • Estimer le budget réaliste
  • Coordonner les différents corps de métier

Mieux vaut investir quelques milliers d’euros en conseil au départ que de dépenser des dizaines de milliers d’euros en erreurs de conception.

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